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07 décembre 2020

[2021 : vers une décompensation sociétale au détriment de l’éolien terrestre en France ?]

En 2020, il n’aura pas été rare d’entendre ces déclarations : « nous devons faire une pause dans la concertation car nous entrons en campagne électorale et une réserve s’impose. » Ou encore « nous devons mettre en stand-by la concertation à cause du confinement. » On peut alors se demander si les projets éoliens terrestres se sont appliqué cette posologie et qu’en sera-t-il en 2021 ?

Malgré le contexte de cette année, le développement des projets éoliens s’est adapté, avec des phases d’accélération entre ces « temps de pause », « de réserve » ou de « confinement », mais avec aussi probablement une dégradation de la concertation. En cette fin d’année, il nous semble alors utile de tenter de répondre à ces questions : la concertation sur les projets éoliens ne va-t-elle pas devenir plus que nécessaire l’an prochain ? Le phénomène de grogne, parfois associé, ne va-t-il pas engendrer une décompensation au détriment de l’éolien terrestre ? L’accalmie médiatique autour de la Covid pourrait signer le retour des éoliennes dans le paysage médiatique et un article dans Les Echos du 9 décembre 2020 titrait : « Le plan de bataille du gouvernement pour apaiser la fronde face aux projets éoliens. »

Avant d’évoquer ce qui nous attend l’an prochain, il est effectivement utile de comprendre ce qui a fait l’année qui se termine.

Tout d’abord, les municipales avec leurs 2 tours en 6 mois, la période de réserve électorale et les grèves liées à la réforme des retraites ont marqué ce début d’année. Sujet clivant sur de nombreux territoires ruraux, des élus ont demandé aux développeurs de ne plus faire de bruit, voire de remettre leurs projets au retour des « jours heureux. ». Les Antis ont continué à asséner leur dogme contre les projets éoliens. Les citoyens, légitimement préoccupés par la situation sanitaire et économique, ont parfois eu du mal à s’y retrouver, préférant la plupart du temps, se tenir à l’écart.

Deuxième événement de cette année, et non des moindres : la Covid et les confinements. L’un des enseignements de cette crise sanitaire, c’est le fait que ce que nous pensions acquis, le lien social, est apparu encore plus essentiel à chacun. Et ce lien social est souvent indissociable des démarches de concertation sur les projets d’aménagement. Pendant ces phases de restriction de nos libertés pour se rencontrer et débattre, certains développeurs ont tout de même su s’adapter, innover et maintenir autant que possible la concertation en préparant ainsi l’avenir.

Le dernier événement marquant de cette année est le gain obtenu par les détracteurs de l’éolien terrestre dans l’opinion publique et la sphère politique. Ceci s’explique autant par la politisation des débats que par la diète que se sont appliqués des développeurs, laissant le champ libre à la désinformation, favorisée par les raccourcis émis sur les réseaux sociaux. Objet politique des campagnes municipales, lobbying intense auprès des élus, appels à la mobilisation de la population sont autant d’exemples d’actions menées pour défaire et annihilés les efforts de pédagogie des développeurs. Sur le plan national, fin novembre, une proposition de loi de plusieurs députés « visait à raisonner » le développement éolien. Désormais, c’est le gouvernement qui s’en mêle pour « apaiser la fronde. »

Dès lors, comment se préparer à un « redémarrage » des projets éoliens en 2021 ? Si la concertation volontaire, prônant la co-construction et l’inclusion de toutes les parties prenantes sera l’un des remèdes, plusieurs éléments seront à prendre en compte pour un fin dosage de l’antidote au clivage permanent entre Pros et Antis.

Premièrement, nous entrevoyons le bout du tunnel de cette crise sanitaire et le retour d’une concertation en présentiel est envisageable, progressivement et prudemment bien sûr. L’arrivée des vaccins, le retour des « rassemblements », le retour à une sociabilité qui nous est chère. Les développeurs, qui ont fait le choix de poursuivre la concertation en 2020, n’ont pas un lien à reconstruire et aurons prouvé leur engagement auprès des territoires dans une période difficile. Ce besoin de lien social, généré ou renforcé par ces démarches de concertation, pourra s’exprimer. La Covid monopolisant moins les esprits et les médias, il est fort probable que les citoyens auront besoin de revenir débattre des sujets de leurs communes, tels que les projets éoliens, avec une exigence plus forte quant à l’avenir qu’ils voudront y construire. Le contexte sociétal s’étant dégradé, la question de la méthode sera fondamentale, ne pouvant se limiter à une liste d’outils et nécessitant une sincérité et humanité incarnée par les porteurs de projet.

La progression du dogme anti-éolien devrait également se poursuivre. Si parfois le message est plus audible (« Je ne suis pas contre l’éolien, je suis contre tout nouveau projet dans ma région. »), l’activisme n’a pas faiblit. Dialogue rompu dès le début, sabotages de mâts de mesures, dégradations dans l’espace public, telles sont quelques-unes des autorisations que se sont données certains pour éradiquer tout nouveau projet éolien envisagé. En dehors de tout cadre légal, se drapant symboliquement du bonnet phrygien pour accréditer la cause. Avec les Régionales cette année, il faudra aux développeurs du courage et de la ténacité, un engagement sur la durée en matière de concertation car l’appropriation prend du temps et la confiance ne se regagne pas avec des « actionnettes » de communication.

En conclusion, osons prédire que 2021 ne ressemblera pas à 2020. 2021 sera une année de retour à la concertation plébiscitant la co-construction et l’inclusion des publics, le dialogue comme réponse aux menaces et aux agressions. Une concertation amplifiée et pas seulement parce que l’Etat le demande. Une concertation augmentée parce que 2020 a profondément marqué la population, nos relations sociales, nos libertés. Ce sera une année charnière pour les développeurs de projets éoliens, oscillant pour certains entre la crainte de s’engager compte tenu des aléas des projets (finalement consulter serait moins risqué et onéreux que de co-construire ?), et pour d’autres l’ambition d’une concertation plus humaine, plus durable, plus concrète. 2021 sera une année de décisions et de choix – après ceux empêchés en 2020 – dans un contexte social et économique à risque, où des incertitudes demeureront. C’est pour cela que nous formulons ce vœu pour tous les acteurs de la filière et des territoires concernés : pensez la concertation en 2021 à la manière d’Antoine de St Exupéry : “On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

Charline VIALLE, associée chez Demopolis Concertation (décembre 2020)

Publication à retrouver en ligne : https://www.linkedin.com/pulse/2021-vers-une-d%25C3%25A9compensation-soci%25C3%25A9tale-au-d%25C3%25A9triment-de-vialle/?trackingId=UnXvCnCKQ%2BS88ZNSEerh5Q%3D%3D.